Nos colères de parents : les comprendre et les utiliser à bon escient

Parfois, un comportement même «pas si grave», adopté par notre enfant, peut nous mettre en colère. On crie, on se fâche, on sent bien que la réaction n’est pas pertinente, juste ni efficace, mais on n’a pas les ressources pour trouver une réaction plus appropriée. Et puis c’est comme un réflexe ! Comment faire ?

 

Qu’est-ce que la colère ?

Les scientifiques ont remarqué qu’exprimer notre colère avec une certaine forme de violence, même si on ne dirige pas cette expression contre quelqu’un, entretient le mécanisme : je ressens telle émotion, je réagis de telle façon.

À la base, la colère nous permettait de mettre en garde l’autre qu’une limite avait été franchie, et de nous informer des menaces. Cependant les menaces ont bien changé au fil de l’évolution, mais nos émotions pas, ce qui crée un gros décalage entre les problèmes et nos réactions.

Ressentir de la colère permet de nous informer et informer les autres des situations qui ne nous conviennent pas afin que cela n’arrive plus, mais son expression violente ne sert à rien. Elle fait monter le taux de cortisol (hormone du stress) dans le cerveau de celui qui l’exprime mais aussi de ceux qui en sont témoin et ne fait pas évoluer la situation (sinon en l’envenimant). En effet, elle brouille nos codes de communication, nos mots dépassent nos pensées, la personne en face de nous se met sur la défensive et ne saisit pas notre message. De notre côté, elle masque notre besoin au lieu de le dévoiler.

«Du fait que nous ne savons pas gérer notre colère, nous entrons dans la violence. La violence est très différente de la colère, en fait elle en est l’opposé. La colère ne parle que de moi, de mes besoins. La violence parle de l’autre, elle accuse, cherche à blesser, à détruire. Je ressens un besoin, je l’exprime et je n’obtiens pas satisfaction. Je ressens alors un vide intérieur, il me manque quelque chose, je suis mal.» (Isabelle Filliozat, «au cœur des émotions de l’enfant»

 

Pourquoi éviter certaines réactions ?

On sait que pour un enfant en pleine construction, le cortisol est vraiment néfaste. De plus, notre gestion des émotions (et de tout événement) crée des «chemins neuronaux» dans le cerveau des enfants. C’est pour cette raison que pour quelqu’un qui a vécu de la violence étant enfant, il est très difficile de ne pas reproduire ce qu’il a vécu. Une action qui a généré de la violence, générera de la violence plus tard, pour celui qui l’aura subie, car son cerveau aura créé un chemin «action x -> réaction y».

Pour la gestion des émotions, c’est la même chose. Lorsqu’un parent arrive à maîtriser sa colère, n’a pas besoin de la ressortir violemment (même si c’est dirigé vers un coussin, même si ce n’est «que» crier – ce qui est tout de même une VEO), il crée des chemins neuronaux dans le cerveau de son enfant, qui lui permettront plus tard de maîtriser lui aussi sa colère.

Il est évident que de refouler notre colère pourrait créer de la frustration, et l’enfant sentirait que nous ne sommes pas en phase avec nos émotions. Il le vivrait comme une hypocrisie, inconsciemment pourrait penser que les émotions sont quelque chose de tabou, à cacher, à réprimer.

«Les enfants sont, comme chacun le sait, extrêmement sensibles aux attitudes de leurs parents. Ils sont d’une grande perspicacité lorsqu’il s’agit d’évaluer les véritables sentiments de leurs parents, car ces derniers émettent des messages non verbaux perçus par les enfants. […]
[Lorsqu’on nie notre colère, l’enfant] devient vraiment confus. Il reçoit des messages embrouillés et des informations contradictoires. […] Que doit-il faire alors ? Placer un enfant dans un tel dilemme pourrait affecter sérieusement sa santé psychologique. Les enfants vivent ce dilemme lorsqu’ils sont confrontés à une acceptation [de leurs comportements] qui ne leur paraît pas sincère. Une exposition fréquente à de telles situations peut susciter chez l’enfant l’impression qu’il n’est pas aimé.» (Thomas Gordon, «parents efficaces»)

Il est donc essentiel d’apprendre à exprimer sa colère de façon saine et de ne pas la masquer par des réactions violentes.

 

Comment faire concrètement ?

Tout d’abord, exprimer ce que l’on ressent sans violence. Comme vu plus haut, c’est primordial.

Citer le comportement inadéquat de façon totalement factuelle et sans jugement (quand tu rentres sans essuyer tes pieds) ;
Dire ce que je ressens (je suis en colère) ;
Exprimer mon besoin (parce que j’en ai assez de nettoyer derrière les autres, je préférerais jouer avec toi ou me détendre) ;
Demander une chose précise (je te demande d’entendre ce que je ressens et de nettoyer les traces de boue) ;
Motiver l’autre en lui montrant ce que ça peut lui apporter ou apporter à la relation (de façon à ce que je me sente bien avec toi et que nous puissions passer plus de temps ensemble, à jouer et rigoler).

En outre, le simple fait de comprendre ce qui nous met en colère permet bien souvent de désamorcer la situation. Au début, cela peut être une vraie gymnastique périlleuse, mais avec de l’entraînement, cela deviendra presque automatique.

La colère ne concerne que nous, elle met en exergue un de NOS besoins non comblés. Elle est une émotion secondaire, ce qui signifie qu’elle résulte d’une autre émotion. Ce besoin non comblé réveille donc une émotion (tristesse, peur,…) que nous transformons en colère.

Mais nous pouvons aussi être en colère contre quelqu’un, parce qu’un de nos besoins n’est pas comblé par quelqu’un d’autre.

Quelques exemples :
Une amie de moque de moi parce que je pense différemment. Besoin non comblé : reconnaissance, appartenance à un groupe. Sentiment : honte, rejet, non acceptation.
Mon avion est en retard. Besoin non comblé : contrôle. Sentiment : peur.
Mon enfant rentre à la maison les chaussures peine de boue sans essuyer ses pieds. Besoin non comblé : reconnaissance (de l’énergie dépensée à garder le foyer en ordre et propre) de la part de mon conjoint et de la société qui dévalorise les femmes au foyer (et de mon enfant s’il est suffisamment grand). Sentiment : tristesse.

On peut réfléchir à cela par écrit, c’est parfois plus facile. On trace cinq colonnes : dans la première, on décrit la situation à l’origine de notre colère. Dans la deuxième, la raison première pour laquelle on est en colère. Dans la troisième, ce qu’on aimerait qui soit fait pour ne plus que ça arrive à nouveau. Dans la quatrième, le besoin non comblé. Dans la cinquième, le réel sentiment que cache notre colère. On peut aussi rajouter une dernière colonne qui contient une pensée positive alternative empathique envers la personne contre laquelle est dirigée notre colère.

Cette réflexion nécessite, au moins au début (un début qui peut être long) de prendre du recul, et donc de ne pas réagir à chaud. Il faut y repenser à tête reposée.

En attendant de pouvoir prendre ce temps de réflexion, quelques astuces peuvent nous permettre de nous calmer sur le moment :
– Compter jusqu’à 15 à haute voix et augmenter progressivement ce temps (méthode Kaizen)
– Parler aussi doucement qu’on voudrait crier
– Transformer notre colère en rire (faire le clown, surjouer – mais il faut que ce soit clair même pour l’enfant aussi jeune soit-il – la colère, courir en criant dans tous les sens et en agitant ses bras, secouer la tête en tirant la langue,…) Ce qui a l’avantage de nous désamorcer et de faire rire l’enfant
– Souffler trois fois fort par le ventre
– Dire ce qu’on voudrait crier en chantant
– …

En outre, à plus long terme, la méditation peut aider. Faire un maximum pour dormir suffisamment (soyons honnête, les besoins de l’enfant peuvent souvent rester comblés – pensez au cododo ! -, il s’agit souvent d’un manque d’organisation, on est nombreuses à ne pas nous écouter et à aller dormir trop tard) car le sommeil est un besoin vital et que lorsqu’on manque de sommeil, c’est tout notre cerveau qui prend cher. Bien manger pour les mêmes raisons, faire du sport. Parler à quelqu’un de confiance pour mieux se comprendre.

 

La colère est donc saine, mais son expression la plus courante (la violence en tout genre) est tout sauf constructive. Des moyens peuvent être mis en place pour réagir de façon plus judicieuse. Cela demande un gros effort car sortir des mécanismes ancrés en nous est assez compliqué. Mais c’est extrêmement important pour nos enfants en pleine construction. Cela nous permettra aussi d’être moins parasité par des émotions négatives, car la violence empêche la résolution de nos problèmes générant de la colère.

 

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