Pourquoi je n’insiste pas sur la politesse – Bastet

Avoir un enfant poli c’est, dans l’inconscient collectif hérité de plusieurs générations pro-VEO, avoir un enfant « bien éduqué » . Cela assoit notre qualité de parent. Cela donne aussi une impression d’enfant capable de s’intégrer (ce qui est rassurant, car nous aimerions tous que nos enfants aient facile dans la vie).

Mais c’est quoi la politesse ? Pourquoi devons-nous dire «bonjour», «au revoir», «merci», etc. ? En tant qu’adulte, j’ai beaucoup de mal à répondre à cette question de façon satisfaisante. C’est une convention sociale. Parce qu’il faut. Parce que les autres attendent ça, c’est culturel, c’est une norme… Oui mais… pourquoi ?!

Pour l’enfant, une chose incompréhensible n’est pas facilement assimilable. Il n’en comprend pas la nécessité, donc c’est presque impossible pour lui de respecter ces règles. C’est abstrait.

Ces conventions appellent en effet à une capacité qui ne s’acquiert que vers 4-5 ans : l’empathie. Un enfant ne peut généralement pas se mettre à la place de l’autre avant cet âge-là, et donc ne peut pas faire les choses «pour faire plaisir». Nous pourrions bien-sûr l’obliger à être «poli» avant, mais il se sentirait forcé et ne le ferait pas par altruisme, mais par automatisme ou, pire, égoïstement, pour ne pas être disputé. Et les rapports de force sont la chose à éviter à tout prix avec son enfant. Les apprentissages doivent être faits dans le positif (pensées bienveillantes, empathie, respect de l’autre, fierté) plutôt que dans le négatif (peur, soumission, obligation,…).

Or, lorsque nous tentons d’élever nos enfants dans la bienveillance, avec une éducation positive, nous voulons que les enfants comprennent les raisons de ce qu’on leur demande, non pas qu’ils s’exécutent.

Forcer à la politesse comporte deux risques : créer un blocage, et court-circuiter la timidité de l’enfant, qui est une réaction très saine. Les bases de sa timidité sont encore fragiles et il doit pouvoir la dépasser à son rythme afin d’apprendre à faire confiance à son instinct. C’est ce qui, plus tard, lui permettra de s’ouvrir de façon saine aux autres, en n’ayant ni une confiance aveugle, ni une peur de l’autre déraisonnée.

Voilà pourquoi je conseille aux mamans de laisser leur enfant aller à son rythme avec la politesse (et avec le reste d’ailleurs). Le meilleur moyen pour apprendre la politesse à notre enfant, c’est de lui montrer l’exemple ! Lorsque vous êtes embarrassé, vous pouvez prendre votre enfant dans les bras ou vous accroupir à côté de lui en disant à la personne en face «on te dit bonjour/merci/…» Ou glisser à cette personne «ah oui c’est un peu difficile pour l’instant, mais je lui fais confiance, ça viendra !»

N’oublions pas que si la politesse facilite les relations avec l’autre, et si pour cette raison son enseignement est bénéfique, ce dernier ne doit pas nécessairement se faire dans l’insistance. Plutôt que d’essayer d’enseigner les actes, il est toujours préférable d’aider l’enfant à développer les capacités qui lui permettront de les apprendre par lui-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *