Le Cododo – Bastet

Le cododo, pourquoi et comment ?

 

Le cododo dans le temps : un besoin naturel inscrit dans notre épigénétique

Dormir avec son bébé est, sans aucun doute, une pratique qui a permis, tout au long de l’évolution, sa pérennité à l’homme. Il est difficile d’imaginer maman et papa homo habilis dormant l’un contre l’autre pendant que leur progéniture était laissée à elle-même dans une autre partie de la grotte.

Ceci s’explique par plusieurs éléments. Tout d’abord, l’homme a besoin de chaleur. Le peau à peau a une fonction régulatrice de la température corporelle. Si bébé est fiévreux, le mettre nu contre notre torse (nu lui aussi), va favoriser la baisse de sa température.

Ensuite, un nouveau-né a besoin d’une protection constante, à la hauteur de son état de dépendance envers les adultes qui l’entourent. Il ne sait rien faire par lui-même ; autant s’il se coince le bras il ne pourra pas se dégager seul, autant si un ours veut l’attaquer il ne pourra pas le faire fuir.

Si on oublie tout le conditionnement de la société, si on oublie ce qu’on a appris par observation, imitation, si on ne retient que notre bagage ancestral, épigénétique, que ferions-nous naturellement ? Avant d’être des animaux torturés par leur cerveau, nous étions des animaux en paix avec notre instinct. Bébé pleure, cela suscite en nous une réaction désagréable. On veut, on a besoin de répondre à ce cri strident, il faut le faire taire. On donne le sein de façon automatique.

Nous n’avions pas de belle-mère pour nous dire comment faire, pas de réseaux de population pour faire des études. Nous suivions nos intuitions. Quelle était, et quelle est toujours la meilleure façon d’allaiter un bébé qui se réveille toutes les deux heures et qui demande à téter aussi régulièrement ? En l’ayant contre nous, nuit et jour.

Parmi les mammifères, nous pouvons distinguer les nidicoles (comme le loup) et les nidifuges (comme le chat) des primates porteurs et portés (comme l’homme). Cette dernière branche a été introduite en 1970 par le biologiste Bernhard Hassenstein.

Poser un nourrisson n’est faisable que depuis quelques milliers d’années (depuis le développement de la civilisation) ce qui, à l’échelle de l’évolution de l’homme, est relativement récent. Avant cela, le danger était partout et imposait que le bébé soit constamment porté. En outre, nous vivions une vie de nomades, sans cesse en déplacement afin d’assurer nos besoins garantis par la chasse et la cueillette.

S’est alors inscrit en nous, au premier stade de vie, un automatisme renforcé par des milliards de générations : pas de contact physique signifie danger de mort.

Cet article n’a pas pour objectif d’être un plaidoyer en faveur du portage. Cependant, le portage est au jour ce que le cododo est à la nuit. Pourquoi le contact physique aurait-il été essentiel à la survie de notre espèce en journée, mais pas la nuit ?

Le cododo dans l’espace : quand une coutume se croit norme

Voyons d’abord les pays non occidentalisés.

Actuellement au Japon, 73% des parents dorment avec leur enfant de moins de 3 ans dans le même lit, le reste dort dans la même chambre.

En Chine, 88% des enfants partagent le lit de leurs parents.

Au Chili, 95 %.

En Afrique du Sud, 94%.

En Inde, 100%.

Au Brésil, chez les indiens Bororo, 100% avant 2 ans et 81,5% entre 2 et 10 ans.

En Corée, 98%.

Maintenant, comparons la situation avec les pays occidentaux.

En Angleterre, 28% des enfants partagent le lit de leurs parents.

En France, seuls 6% des enfants de moins de 6 mois dorment toutes les nuits avec leurs parents.

En Italie, 24% des enfants partagent le lit de leurs parents.

En Allemagne, 23%.

En Hongrie, 12%.

À Pékin, ville très occidentalisée de Chine, ils ne sont plus que 53%.

Au Canada, 23%.

Il est à noter qu’une grande proportion des chiffres concernant les pays occidentaux concernent des parents qui ont agi ainsi en «désespoir de cause» (difficultés de sommeil de l’enfant).

Nous pouvons conclure de ces chiffres que les pays qui ont le moins subi le conditionnement de la société pratiquent très majoritairement le cododo.

Pourquoi le cododo a-t-il été diabolisé ?

Ce n’est que très récemment que l’homme a abandonné cette pratique. Pour comprendre ce changement d’habitude, il faut se replacer dans le contexte du 17ème et du 18ème siècles. La religion tient, dans les moeurs, une place prépondérante. Le sexe est impur et le domaine féminin dans son ensemble est intouchable et malsain, même pour un nouveau-né.

À la fin du 18ème siècle, l’Europe connaissait de nombreuses batailles et guerres. Se rendant compte que les femmes qui allaitaient la nuit tombaient moins rapidement enceintes (ce qui s’explique par le taux de prolactine, hormone de la production du lait, particulièrement élevé durant les temps de repos) et ayant besoin de soldats (et donc que les hommes reviennent vite se battre), l’État fit rapidement passer le message que le cododo était déconseillé.

Lors de la révolution industrielle, soit au début du 19ème siècle, les familles étaient de moins en moins ensemble. Les hommes et les jeunes enfants partaient travailler, privant les mères d’une aide précieuse au foyer. Ces dernières avaient alors tout intérêt à pousser leurs bébés à une autonomie précoce.

Enfin, la mort inattendue (ou «subite») du nourrisson étant sujette à de nombreux soupçons d’infanticide, le cododo fut légalement interdit.

Le cododo aujourd’hui

Donner à nos enfants les clefs pour devenir des adultes heureux et forts est sans doute le but de tout parent. Un enfant en confiance dans le monde est un enfant qui a d’abord été rassuré dans son monde à lui. Pour cela, il est nécessaire de répondre à ses besoins.

Il est faux de croire qu’un enfant fait des caprices ou qu’il est un être diabolique cherchant à manipuler, voire à soumettre ses parents à sa volonté. À la naissance, le bébé n’a aucune volonté, seulement des besoins. Besoin de manger, mais aussi d’être changé, touché, câliné, car comme nous l’avons vu, le contact physique est essentiel pour un nouveau-né. Et son seul moyen d’expression est évidemment de crier. En tant qu’adulte, nous savons qu’être pris dans les bras est un besoin secondaire dont ne dépend pas (ou plus) sa survie. Mais le nourrisson, et même l’enfant, vit sa vie au moment présent.

Les récentes avancées dans le domaine des neurosciences ont montré que l’enfant est incapable de se projeter, de se raisonner. Il a faim et est en détresse. Il ne peut pas comprendre que ce besoin sera comblé, qu’il ira mieux. Il ne peut pas comprendre que ne pas être pris dans les bras ne mettra pas sa vie en danger, que ses parents ne l’abandonnent pas ou que sa maman existe toujours même s’il ne la voit pas.

C’est pour les raisons précédemment énumérées qu’il est essentiel de répondre aux appels d’un nourrisson, notamment par le biais du portage et du cododo.

Une autre bonne raison de pratiquer le cododo est son côté pratique au niveau de l’allaitement. Il évite en effet à la maman de devoir se lever plusieurs fois par nuit. L’action combinée de l’ocytocine et de l’endorphine, deux hormones produites durant les tétées, facilitent l’endormissement et augmentent la durée du sommeil paradoxal. De plus, le cododo permet à la mère et l’enfant de synchroniser leurs rythmes de sommeil (empêchant bébé de réveiller sa maman durant une phase de sommeil profond). Ces trois éléments favorisent un rendormissement rapide pour tout le monde.

Enfin, le cododo prévient la mort inattendue du nourrisson. Bien que les causes de cette dernière soient encore fort méconnues, on a pu constater que des conditions de sommeil optimales en diminuaient le risque. C’est pour cette raison que l’effet thermorégulateur et de synchronisation des rythmes de sommeil sont des facteurs sécurisants.

La prolactine favorisant le sommeil paradoxal, la mère est plus alerte au repos, et donc plus à même de détecter une anomalie dans la respiration de son enfant. De plus, les réveils de l’enfant étant plus fréquents, les phases de sommeil profond sont moins longues, ce qui diminue encore le risque de mort inattendue.

Le cododo en toute sécurité

Si le cododo est une pratique ancestrale, il est toutefois nécessaire de s’assurer de la mise en place de certaines règles de sécurité. Voici donc les recommandations de l’UNICEF :

  • Le matelas doit être ferme et en bon état.

  • Le bébé ne doit pas pouvoir tomber du lit ou être coincé entre le mur et le lit. À ce sujet, il est préférable que l’enfant dorme du côté de la mère, qui, par l’action de la prolactine, sera plus alerte et risquera moins de gêner voire d’écraser son bébé. À cette fin, une barrière de lit en filet est idéale. Il est à noter que l’UNICEF ne déconseille pas le cododo aux mères qui n’allaitent pas.

  • La température de la pièce doit idéalement être comprise entre 16 et 18°C.

  • L’enfant ne doit pas être plus habillé que ses parents ne le sont pour dormir.

  • Le drap ou la couverture ne doivent pas recouvrir la tête du bébé ou lui donner trop chaud. Pour cette raison, il est préférable qu’il dorme par dessus la couette et qu’une gigoteuse remplace celle-ci.

  • Un oreiller ne doit pas être laissé à proximité du bébé, du moins jusqu’à l’âge de la marche.

  • Le bébé ne doit pas être laissé seul dans le lit parental. Même tout petit, il peut bouger et tomber ou se retrouver dans une situation dangereuse.

  • Toutes les personnes partageant le lit doivent savoir que le bébé y dort.

  • Si un enfant plus âgé partage aussi le lit, un adulte doit être entre celui-ci et le nourrisson.

  • Les animaux ne doivent pas partager le lit.

Le cododo ne devrait pas être pratiqué si :

    • L’un des deux parents fume (même en dehors de la chambre) ou si la mère a fumé durant sa grossesse. À ce sujet, il est important de préciser qu’au-delà de 14 semaines, aucune étude n’a pu mettre en exergue un risque, aussi minime soit-il, lié au cododo avec une mère fumeuse.

    • L’un des parents a consommé de l’alcool ou des stupéfiants.

    • L’un des parents (ou la mère, si l’enfant dort de son côté) est anormalement fatigué.

    • L’un des parents (ou la mère, si l’enfant dort de son côté) a pris un médicament susceptible de la rendre plus somnolente qu’en temps normal.

    • L’un des parents (ou la mère, si l’enfant dort de son côté) a une maladie susceptible de diminuer son attention.

Enfin, il est préférable d’éviter de partager son lit les premiers mois avec un bébé né prématurément, de petit poids ou s’il est fiévreux.

F.A.Q. du cododo

Q : À partir de et jusqu’à quel âge pratiquer le cododo ?

R : On peut pratiquer le cododo dès la naissance, sauf si bébé est né prématurément, s’il est de petit poids ou s’il est fiévreux.

L’OMS recommande le cododo jusqu’aux six mois de bébé afin de réduire les risque de mort inattendue du nourrissons qui sont particulièrement élevés jusque là. Par la suite, vous pouvez soit continuer jusqu’à ce que bébé soit prêt, soit arrêter, parce que vous-mêmes ne vous sentez plus confortable dans cette situation. Il est important de toujours s’écouter et de respecter ses propres besoins. On ne répétera jamais assez que pour être bienveillant avec les autres, il faut s’autoriser à l’être avec soi-même.

Q : Comment sait-on que l’enfant est prêt à dormir seul ?

R : En général, parce qu’il le dit ! Mais cela nécessite de pratiquer le cododo suffisamment tard pour qu’il en soit capable.

Q : Et si on en a marre avant lui ? Comment faire une transition douce ?

R : Il faut s’écouter. Rien ne sert de continuer à pratiquer le cododo si c’est pour offrir à son enfant des parents en conflit, fatigués, irritables ou qui manquent d’attention. La première chose à faire (dans toutes les situations d’ailleurs !) est de parler avec son enfant. Lui expliquer ce qu’on voudrait, pourquoi, lui rappeler qu’on l’aime toujours,… Une bonne méthode est de commencer par dormir avec lui dans sa chambre, pour ensuite ne revenir qu’à ses réveils (nocturnes et matinaux).

Q : Et l’homme dans tout ça ?

R : Si vous pensez qu’à trois vous serez trop à l’étroit, vous pouvez opter pour un berceau accolé au lit parental. Néanmoins, le système des barrières de lit permet de ne pas devoir ajouter un coussin ou un coussin d’allaitement qui prendrait plus de place que le bébé. Il est aussi évidemment possible d’investir dans un lit king-size, de mettre un deuxième matelas si celui des parents est au sol,…

Dans tous les cas, il est préférable que bébé dorme du côté de sa maman.

Q : Comment garder une intimité dans le couple ?

R : Le cododo est peut-être aussi l’occasion de varier un peu le déroulement de vos relations intimes. Il y a en effet plein d’autres endroits (dans ou en dehors de la maison) propices. Jardin, garage, voiture, plan de travail, sol, douche ou lavabo,…

Chaque couple est différent et certains se sentent à l’aise avec le fait d’avoir des relations à côté de bébé qui dort. Ce ne sera pas traumatisant pour lui s’il se réveille. Toutefois, réfléchissez à ce risque car c’est en ayant une réaction démesurée qu’il pourrait être marqué. Le plus important est de ne pas tomber dans la culpabilisation, la colère (ou le non-dit, en fonction de l’âge).

Un témoignage de papa d’adolescents ayant pratiqué le cododo : «quand vous avez un pré-ado chez vous, vous n’avez plus que votre chambre pour avoir un peu d’intimité ! Je repense avec nostalgie à la période où nos enfants étaient bébés et qu’on pouvait faire l’amour partout !»

Q : Comment faire si bébé n’aime pas la gigoteuse ?

R : Selon l’UNICEF, la couverture n’est pas à proscrire. Cependant la gigoteuse est plus sûre. Si bébé ne la supporte pas, veillez simplement à ce que la couette ne recouvre pas sa tête et que ses bras soient placés au dessus.

Q : Comment faire lorsqu’on a plusieurs enfants ?

R : Un adulte doit impérativement être entre deux enfants. Deux enfants ne doivent pas dormir côte à côte.

Q : Comment s’organiser lorsqu’on est en déplacement ?

R : Soit exceptionnellement faire dormir bébé entre ses deux parents, soit emmener un berceau cododo, ou encore emporter la barrière de lit qui s’adapte à tous les lits de ma connaissance et qui se fixe et s’enlève très facilement.

Q : Quelle est la différence entre cododo et co-sleeping ?

R : Tout simplement, le premier est en français, le second est la traduction anglaise. Le préfixe «co» signifie la réunion, «avec». Il est toutefois utile de distinguer le sommeil partagé (dormir dans le même lit) du fait de dormir dans la même chambre.

Q : N’est-ce pas une «mauvaise habitude» ?

R : Il n’existe pas de mauvaise habitude. Il existe éventuellement des habitudes dans lesquelles les protagonistes se sentent bien ou non. La plupart des adultes ne supportent pas de dormir seuls. Il est étonnant (ou pas) de penser que justement la plupart des mêmes adultes ont été habitués à dormir seuls. Si les besoins de l’enfant sont écoutés et que nous-mêmes nous sentons bien là-dedans, il n’y a pas de mauvaise habitude. L’important est de s’écouter, soi-même et notre instinct maternel. C’est en rassurant un enfant et en suivant son rythme qu’il prendra le mieux son autonomie.

Q : Comment faire du cododo avec un bébé qui souffre de reflux gastro-oesophagien ?

R : Il est possible d’incliner le lit parental, en glissant un parpaing en dessous de chacun des deux pieds de la tête du lit. Il faut toutefois s’assurer de la stabilité parfaite du dispositif. Une autre solution est de glisser un petit plan incliné pour bébé sous le drap, à l’endroit où il dort. Enfin, il est possible de le faire dormir dans un couffin dans le lit parental, à côté de celui-ci, ou dans un berceau cododo.

Q : Quelle est la meilleure position à adopter ?

R : Bébé entre maman et le côté du lit ; maman dort sur le côté, face à son enfant. Elle a les genoux légèrement repliés et un bras au dessus de la tête du bébé, l’empêchant de remonter et de redescendre durant la nuit. Durant les tétées nocturnes, bébé se mettra naturellement, ou vous le mettrez, sur le côté. Il est toutefois important de le replacer sur le dos après la tétée (du moins jusqu’à ce qu’il sache se retourner seul.

Q : Quels sont les bénéfices du cododo pour les enfants devenus adultes ?

R : – D’après Heron, les enfants n’ayant pas pratiqué le cododo seraient «plus difficiles à contrôler, moins épanouis, plus sujets à des crises de colères, gérant moins bien le stress et plus peureux» que les enfants l’ayant pratiqué [Heron, P. (1994). Nonreactive Co-sleeping and Child Behavior: Getting a Good Nights Sleep All Night Every Night. Masters Thesis, University of Bristol, Bristol, UK].

– D’après Forbes et Weiss, les enfants dormeurs solitaires devenus adultes auraient plus recours aux professionnels psychiatriques pour des désordres émotionnels et comportementaux que les autres et les garçons auraient, à l’âge de 3 ans, plus de difficultés à se séparer de leurs parents [Forbes, J. F., Weiss, D.S., Folen, R.A. (1992). The co-sleeping habits of military children. Military medicine, 157 (4): 196-200].

– D’après Mosenkis, les enfants ayant pratiqué le cododo seraient moins dépendants de leurs parents que les autres et, une fois adultes, éprouveraient plus de plaisir de vivre [Mosenkis, J. (1998). The Effects of Childhood Cosleeping On Later Life Development. Masters thesis. University of Chicago. Dept. of Human Dv].

Q : Le cododo ne favorise-t-il pas des réveils plus fréquents ?

R : C’est exact, mais cela diminue les risques de mort inattendue du nourrisson et renforce la stabilité émotionnelle, comme nous avons pu le voir à la question précédente. Les enfants ne sont pas affectés par les réveils réguliers. La qualité de sommeil prévaut sur la quantité.

-BASTET-

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